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Magnus et les sept gains.

dimanche 24 mars 2013, par Krusti

Tournoi des candidats Ronde IV à Londres, forcément, j’y étais.

Dehors.


C’est sur les bords de la Tamise, à quelques centaines de mètres de Charing Cross, entouré d’un joli parc et derrière la magnifique statue de Faraday dans le batiment de l’ Institution of Engineering and Technology, que se déroulent l’un des plus forts tournois d’échecs de tous les temps. Faut l’savoir.

Trainant dans Londres, et particulièrement dans ce quartier, plein centre de la capitale, je m’étonne de ne pas rencontrer ici ou là une affichette ou une quelconque annonce. Tant pis.

Le bâtiment abritant l’épreuve est majestueux et austère.
Sur la droite une salle est réservée à l’accueil. On y achète le billet d’entrée à 25 £ (un vague auto-collant à la date du jour...)

Curieusement pas de produits dérivés hors des copies du jeu officiel lui même (pièces taille 5 au jugé mais avec un échiquier plutôt petit (la tour allongée dépasse largement de la largeur de la case), nous nous en sommes étonnés avec Nicolas (du Club d’Ermont) que je retrouve totalement par hasard).
Nos héros ont donc choisi du matériel bien étrange, preuve supplémentaire s’il en était besoin que l’immatériel est leur royaume.
Sinon on peut acheter l’affiche à 20£. Également pléthore de livres d’échecs en Anglais bien sur.
Sur la gauche une autre salle avec pas mal d’échiquiers et du matos vidéo. L’endroit pour le futur débriefing j’imagine...

Bref après avoir déposé appareils photos et autres electronic devices au vestiaire du -1 nous sommes autorisés à nous rendre dans la grande salle après un passage sous un portique de détection et une fouille au corps avec palpation et utilisation d’un autre détecteur de métaux, portatif celui-là, bref aussi sérieux qu’à la douane. On ne rigole pas.

Dedans.

On ne rigolait pas dehors mais on ne rigole pas non plus dedans.
Les matchs ne sont pas encore commencés, les joueurs n’étant pas encore là du reste, le silence est déjà de rigueur.
La photo ci-dessous issue d’une capture d’écran (http://www.europe-echecs.com ) cliché lui même copyrighté rend compte un peu de la physionomie générale et surtout du coté ring avec les lumières qui bien sur n’éclairent que la partie centrale.

Après m’être assis et avoir utilisé l’une des tablettes tactiles mises à disposition permettant de suivre les 4 parties en live avec éventuellement des analyses de GM au fil de l’eau je me suis rapidement dit que je n’étais pas venu à Londres pour me retrouver avec de l’électronique embarqué, les oreillettes bien positionnés et le regard plaqué sur un écran... je peux faire ça en gros de chez moi.
Je décide donc de me placer au fond, debout, derrière les rangées de siège mais avec la possibilité de regarder l’intégralité de la salle.
D’où je suis j’ai le dos de Carlsen à ma droite, celui de Kramnik à ma gauche.
Je suis donc en face de Grischuk et de Radjabov, sur la gauche un peu plus loin j’ai le profil d’Aronian et celui de Svidler, moins clairement celui de Gelfand et celui d’Ivanchuk.
Je m’intéresserai donc à l’ambiance, aux comportements à ce que je ne pourrais jamais retrouver dans Chessbase.

Point général.

Je m’aperçois que nous sommes à la louche une centaine de spectateurs dans la salle.
Pratiquement que des hommes, que des blancs, et en terme de pyramide des ages, on va dire, enfin disons... des adultes.
Oui c’est une bonne formule.

Sven Magnus Øen Carlsen (2872)
né le 30 novembre 1990 à Tønsberg en Norvège.

C’est le premier à entrer dans l’arène. Je comprends d’ailleurs que pour des raisons de rituel les joueurs vont se succéder avec intervalles de temps, celui nécessaire aux photographes pour jouer de leur Nikon et autres Canon...
C’est une star.
Il est chez lui ici. Se baladant assez souvent d’échiquier en échiquier chemise blanche cintrée, veste siglée « Simmonsen » et « Artics sécurities » si j’ai bonne mémoire. Il n’a pas été l’égérie de G-Star pour rien l’apprenti jeun mannequin !

Vassili Mikhaïlovitch Ivantchouk (2757)
né le 18 mars 1969 à Berejany en Ukraine.

Il n’a pas la tête des bons jours. Il est soucieux, ailleurs, et semble avoir été lâché par son tailleur. Engoncé dans son costume gris il ne semble pas à l’aise. Ce génie au regard si doux mais parfois si fou reste une énigme. Il se jettera sur la première rangée de siège, tel un catcheur dans les cordes non parce-qu’on l’aurait renvoyé dedans mais bien plutôt pour se relancer...
Il sera le premier à se permettre une longue pause à base de balade inter-échiquier et pour cause, avec les noirs contre Gelfand, après 1.d4 d5 2.c4 il envoie son cavalier en c6 et plongera durablement son adversaire dans les limbes de la réflexion.

Piotr Veniaminovitch Svidler (2744)
né le 16 juin 1976 à Leningrad.

Il se dit qu’il aurait perdu 10 Kgs selon certains, 20 selon les autres...
Moyennant quoi il est détendu et semble marcher derrière ses chaussures... avec élégance et de manière assez aérienne.

Teimour Radjabov (2793)
né le 12 mars 1987 à Bakou.

Grand amateur de chemises à rayures verticales. Il semble si... jeune !

Levon Aronian (2809)
né le 6 octobre 1982 à Erevan.

Sur de lui, très classe.

Aleksandr Igorevitch Grichtchouk (2764)
né le 31 octobre 1983 à Moscou.

Très élégant, fluide dans sa démarche, je me souviendrais longtemps de son dialogue imaginaire avec un point du plafond, ses mimiques, avant de jouer d5 au 10° coup... lors de sa défaite contre Carlsen.

Boris Abramovitch Gelfand (2738)
né le 24 juin 1968 à Minsk.

Simplement parce-qu’il ne semble pas habillé par Emporio Armani ou bien Gianni Versace il paraitrait presque chiffon dans son aspect général... Un comble. Comme évoqué il me restera l’image de la genèse, longue, de son 3° coup face à la Tchigorine de son adversaire.

Vladimir Borissovitch Kramnik (2810)
né à Touapsé le 25 juin 1975.


Le grand Frère.

Pour donner mes conclusions, pour ainsi dire, je retiendrai deux choses de cette intrusion dans cette épreuve.

La fascination que j’ai éprouvé à ressentir quelques bribes de la réflexion de Grischuk.
Les différents regards que nos champions jetèrent vers le public, soudainement, comme s’ils s’apercevaient par instant de notre présence... Honnêtement il y avait à ce moment là comme une paroi invisible entre eux et nous. Comme un curieux effet aquarium...

A bientôt ici ou ailleurs.

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8 symboles dont un fumeur...

2 Messages

  • Magnus et les sept gains. 25 mars 2013 13:15, par N d’Ermont

    Aquarium est le mot.
    Surtout quand se mettent à déambuler de concert 3 ou 4 GM. 
    Svidler (qui se prend pour un gentleman british) une main dans la poche, très relax. Ivanchuk en se balaçant d’un pied sur l’autre, les yeux dans le vague, un vague sourire aux lèvres (surement une variation rigolote en tête). Kramnik qui passe son temps à faire à grandes enjambées l’aller-retour entre échiquier et back room (légèrement agaçant, ça, je dois dire). Gelfand lui reste plutôt assis et fixe tantôt le jeu, tantôt la salle, le visage rougi par l’effort. Et Carlssen et Aronian tous deux d’un relachement impressionnant.
    Un sacré spectacle quand même, la tension est par moment palpable.

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    • Magnus et les sept gains. 26 mars 2013 13:10, par Krusti

      Oui ça reste unique comme expérience pour des « joueurs comme nous ».
      C’était amusant et sympa de se retrouver là-bas.
      A bientôt au Louvres ? :-)

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