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Marathon de Paris 2004.

dimanche 4 avril 2004, par Krusti


A mon Bun’s, toujours avec moi, au plus près, sans qui rien de tout cela n’aurait trouvé son sens…

A Laurent, le complice le moteur… et le déclencheur involontaire !

à mon Kompay, ami fidèle et enthousiaste et à mon à Gillou, coacheur efficace et si attentif…

Enfant je voyais tous les 4 ans des images du Marathon Olympique présenté comme l’épreuve reine des jeux. Cela me paraissait fou.. courir pendant plus de 42 Km… Mélange de fascination et d’inaccessible… De la beauté dans la souffrance : Un mystère.

Il y a quelques années j’ai maté une émission sur Arte relative au Marathon. Une émission bouleversante montrant bien la dimension de défi et le coté aventure humaine aux limites de soi.

Début 2003, retour en voiture d’un mercredi Tourangeau, Gillou au volant, le Laurent derrière, et on embraye sur une conversation qui tourne autour du futur Paris-Brest-Paris cyclo que Gillou prépare et qu’il finira d’ailleurs de fort belle manière avec le Bubu (voir le CR)…. et de fil en aiguille, j’évoque le marathon, sa dimension mythique, quand j’apprends que le gars assis derrière, le Laurent, c’est pas 1 mais 2 marathons qu’il a au compteur .

Ca y est, quelque-chose commence dans ma petite tête…

Je mets la pression tranquillement sur Kompay pour le 20 Km de Tours (Septembre 2003) , néné 23 est de la partie.

Plusieurs semaines après, le Gillou me vois tergiverser sur la date possible du Marathon ( j’envisageais 2005 ) il est formel, c’est maintenant qu’il faut y aller.

Je m’inscris discrètement, Laurent et Gillou sont au courant, ce sont les seuls avec Buns.

J’ai commencé à courir régulièrement…

Quelques semaines après j’annonce à Kompay que ce serait vachement bien de faire le Marathon. Il est pas chaud (c’est lourd à gérer… faut courir beaucoup et tous le temps etc etc )…

Il s’arrête de fumer et hop c’est gagné…Fin 2003 nous sommes 3 inscrits pour le Marathon de Paris du 4 Avril 2004… Plusieurs courses se passent et nous voilà …au 3 Avril 2004 : Pasta Party chez Céline & Laurent avec Etienne, qui dispose comme Laurent de 2 Marathons au compteur…

Des pâtes à gogo, un verre de vin rouge… Super soirée, pleine d’amitiés commencée tôt pour finir pas trop tard.

Il vente grave la nuit et il pleut beaucoup au réveil… inquiétude…. Avec le Kompay on se prépare (surtout Kompay, putain quelle princesse : 6 couches de pommade sur ses einss et je ne dévoile pas le reste de ses secrets)…

Pour ce qui me concerne j’ai décidé la veille au soir d’utiliser la sacoche-banane que je fixe autour de la taille (histoire de placer un « coup de fouet » et du gel énergétique, ainsi que mon téléphone portable…). J’avais testé cette solution aux 20 Km de Paris avec succès.

Départ en métro qui se rempli au fur et à mesure de participants. Nous retrouvons Anne-kim, Laurent et Etienne. Chacun retrouve son SAS et je suis aux cotés d’Anne-Kim qui semble courir d’après les chiffres sur les mêmes bases que les miennes…

On discute, je me retourne et je tombe sur une banderole « Allez les 3 cochonous » ( ?)

L’avenue des champs Élysée remplie de coureurs, même de l’intérieur c’est impressionnant… ça démarre par vague nous passons au bip d’initialisation des puces à 9h00 pile à mon chrono..

Par terre ce n’est que bouteilles plus ou moins remplies de liquides variés, poncho en plastique sac poubelle t-shirts nous verrons même des sweat-shirts il faut faire vraiment gaffe ça glisse et c’est un peu dégueu..

Voilà, la course se lance..

800 mètres et déjà arrêt vessie ! Je repars dans le flot, la concorde, les tuileries c’est que du bonheur je me cale sur les ballons roses qui projettent 4h30 avec passage au semi de 2h15 et passage au 30 Km de 3h12 si j’ai bonne mémoire.

C’est d’ailleurs au KM 30 que je ne les reverrais plus sans pour autant être complètement largué.

Arrivée vers Bastille, au préalable j’ai couru aux cotés de « mineurs de fond poussant un chariot de Charbon », amusant. Courir dans Paris… Quel plaisir.

Cette partie ressemble bien sur au semi couru un mois plus tôt, en fait c’est pour une bonne partie la même chose mais en sens inverse.

Le bois de Vincennes … toujours un peloton dense… l’équipe rose est assez importante j’y retrouve Anne-Kim.

C’est bien ce système de ballons colorés portés par des marathoniens confirmés qui courent comme des horloges. Le seul PB c’est qu’ils jouent également les GO avec un coté Scout au sens caricatural parfois, mais l’un dans l’autre c’est quand même une bonne chose surtout pour les primo coureurs comme moi. (Primo coureurs faut aller la chercher celle là, on est jamais déçu sur www.krusti.net )

Le semi est passé est là, j’ai la délicieuse quoi qu’inquiétante sensation de l’inconnu.

J’ai perdu Anne-kim et nous nous retrouverons un peu plus loin pour nous perdre définitivement au KM 30 (elle arrivera finalement quelques 6 minutes avant moi, beau temps pour un 1° Marathon).

Je gueule donc un puissant « J’ai mal partout » ce qui amuse mes voisins à 100 mètres à la ronde puisque pas mal de réponses m’expliquent que je ne suis pas seul dans ce cas… Le troupeau commence à en baver…

Le rythme ne faiblit pas… Boulevard Henry IV nous allons attaquer maintenant la série des tunnels réputés cassants : ils me casseront.

Je découvre vraiment pendant 5 Km le personnage de Super Mario ( Le cyber Héros, et je pense à mon neveu spécialiste de ce jeu) type qui paraît pas tout jeune qui est déguisé pour lui ressembler et porte un panneau « ici est Super Mario » ou qque choses comme ça.

Effet garanti. Il fait un carton auprès de spectateurs.

On arrive au Trocadéro au KM 30 là, tout à coup alors que tout allait bien j’en peux plus !

En fait je sais pas si c’est le mur mais tout se passe comme si une usure accélérée avait altéré mes guiboles, on m’a greffé 2 jambes de bois pendant un instant d’égarement : c’est dégueulasse.

Je me dirige vers un point secours ou manifestement on peut se faire masser, je vois qu’il y a un système d’attente je m’assois…. J’entend « vous avez besoin d’un brancard ? » Je me retourne 2 pompiers soutiennent une dame épuisée la mine déconfite. Je pense qu’elle ne repartira pas. Ça me rappelle les images d’ARTE. J’ai les cannes très douloureuses. Je me tire je prends une demi-banane et un peu d’eau.

Je vais chercher un tronc d’arbre pour me positionner afin d’effectuer quelques étirements, c’est pathétique et pas très sérieux. J’ai envie d’être sous ma couette vite tout de suite !!

Quelque Chose me dit qu’il faut repartir et sans attendre…

Je croise, au moment de les dépasser, Bun’s et Nathalie, encouragements... c’est bienvenue...

Je sais que je ne peux pas m’arrêter… trop risqué.

Quelque Chose s’est brisé au KM 30, je sais pas trop quoi. Je me traîne, je me force il n’y a plus de plaisir il n’y a que des raisons d’arrêter, elles sont toutes bonnes « Je suis fatigué », « j’arrive dans le bois de Boulogne en bas de chez moi », « j’ai les clefs sur moi en plus », « des marathons c’est pas ce qui manquent », « j’ai mal aux jambes… » fort de cette liste d’arguments imparables je décide… de continuer…

Km 32 Km 33 Km 34 …

Je passe devant la maison de la radio, grosse émotion, mes amis mon histoire mes complices...

Je sais très bien ou est le KM 35 puisque les jours précédents je passais sur la marque au sol en scooter au moment de partir au taf… J’y arrive.. Plus d’eau ! ! ! C’est à peine croyable… un ravitaillement dépourvu d’eau dans l’un des plus grand Marathon du Monde.

Tiens un nouveau poste de secours, ils ont l’air là aussi de masser les pauvres cassés comme moi, je me pointe à l’entrée, je regarde, et je repars une fois de plus…

Déjà la quantité de coureur au ralenti, marchant, ou bien en pré-abandon est impressionnante...

Petite foulée…grand tour dans le bois de Boulogne aux alentours de l’hippodrome d’Auteuil.. Je demande à un type si je peux boire un peu de sa bouteille, je sais pas ce qu’il m’explique mais c’est non je crois qu’il veut la réserver pour sa compagne qui à l’air dans un piteux état, il s’excuse platement.

Pas de spectateurs, c’est la zone, on sent que cette partie du parcours c’est histoire d’ajuster la distance totale … Je croise Miss Boutique Marathon qui nous encourage, le public se fait moins clairsemé, je ne change pas de rythme et je me retrouve à doubler des centaines de concurrents qui marchent, ce qui est très galère, les passages sont étroits… sensation très étrange… Je serais le « un peu moins cassé » d’une grande bande de destins brisés. Parce que ça doit pas être marrant d’arrêter de courir à 6 ou 7 Km de l’arrivée...

Km 36 Km 37 Km 38

Ceux qui courent, dont moi donc, semblent moins nombreux que ceux qui marchent.

Km 39 Km 40

Un type prend un claquage à la cuisse sous mes yeux ! ! ! Images douloureuses. Je m’aperçois à quel point l’entraînement et tout ce qui va avec, alimentation hydratation aux ravitos, est primordiale, incontournable, nécessaire, mais parfois même pas suffisant.

On peut faire illusion sur 10 Km on fait en général moins le malin sur 20, mais sur 42 bornes pas de place pour l’approximation. Je me réjouis de n’avoir que la volonté à gérer. J’ai mal partout mais ça tient ! ! !

Km 41 Km 42

Les encouragements sont plus présents les sourires sont là, tous les 500 mètres il se trouvent au moins un spectateur pour lancer un « Plus que 500 mètres allez-y ! C’est fini » ça renifle l’arnaque cette fin de course.

Enfin après le virage c’est l’arrivée…. 4h39 à mon chrono. Je suis Marathonien ! ! !

PS : Retrouvailles…

Dans le SAS de sortie, une fois la médaille et le poncho Gaz de France en place, je découvre l’étendue de mes douleurs. Coup de téléphone du Bun’s juste après mon arrivée, elle me dit être au 40 (mais 40 quoi ? Tous les stands compte des milliers) avec les amis, tous arrivés, au niveau de l’écran Géant coté gauche.

Pour remontrer près de l’écran géant je mets 10 minutes, la foule est archi dense c’est un bordel sans nom je rappelle et c’est niet trop de sms et de portable en même temps …

Je suis au bord des larmes tant cette situation m’agace : Tout seul comme un con avec ma douleur mon poncho et ma médaille… Je m’assois sur un banc.

Je repars vers la pelouse derrière les stands… Je m’allonge au niveau du 38 Avenue Foch j’appelle sans cesse au portable.

5minutes après mon regard croise celui de mon Bun’s qui court vers moi (ils étaient à 10 mètres au niveau du Numéro 40… Nous tombons dans les bras l’un de l’autre avec le Marty idem avec le Kompay nous nous embrassons avec Etienne. Une complicité de douleur est là, palpable, plus qu’une amitié, une fraternité en somme. Céline est venue nous rejoindre avec les enfants Nathalie est heureuse de retrouver son héros. La page (fondamentale est fondatrice ;-) ) peut se tourner…

Je pense à mes amis du jeudi, à ceux que j’appelle de la Radio, aux amis Tourangeaux, à ma famille à mes contacts chaleureux du forum de Jogging-international...
Le CR de Kompay est sous les Photos, celui de Laurent également.





Le compte-rendu du Kompay

Cette aventure a débuté à l’arrivée du semi marathon de Boulogne où Krusti m’a fait part de son intention de faire le marathon de Paris le 4 avril 2004. J’ai évidemment relevé le pari. Comment pouvait-il en être autrement ? Nous fonctionnons comme cela depuis des années. Certains se souviennent de nos discussions autour d’un Tours-Chinon-Tours en vélo. Mais à l’époque, les certificats médicaux de complaisance avaient vocation à alimenter notre approche « tout en gueule » de la pratique sportive. Je savais que l’engagement pris solennellement en cette après-midi pluvieuse de novembre 2003 aurait une réelle suite. Il n’était pas question de compter sur un quelconque forfait de dernière minute. Je devais passer à la phase de préparation.

La préparation fut parfois difficile. Mes tendons ont souvent refusé l’effort prescrit par le programme d’entraînement de 8 semaines. Le genou droit puis gauche et enfin le talon d’Achille gauche ont connu des problèmes tendineux. La préparation demande des sacrifices personnels importants. Elle touche également l’entourage. Merci à Nathalie pour sa patience de me voir arriver le soir vers 19h30 pour repartir à 19h40 pour une séance d’une heure à heure trente. Merci à Juliette pour avoir participé très activement à tous mes étirements. Je pense qu’elle est prête pour le Brevet d’Etat d’Educateur Sportive. Merci à tous ceux qui ont supporté mes conversations monomaniaques et mes angoisses pendant cette période. Merci à mes compagnons d’entraînement presque exclusivement féminines.

La dernière semaine était consacrée à la récupération et à la préparation alimentaire. Pâtes, eau, vitamines pendant 10 jours, cela fait particulièrement du bien. Malheureusement les derniers jours ont été gâchés par un début de tendinite au talon et une dernière visite chez mon médecin du sport (à 30€). Je savais que j’allais devoir courir sous anti-inflammatoires.

Le samedi fut particulièrement angoissant. Vais-je pouvoir tenir 42kms avec une tendinite ? La visite à Marathon Expo m’a un peu rassuré. Un jeune allemand (Hans) était dans le même état. Il avait participé au marathon de Berlin. J’avais hâte de courir. La Pasta Party chez Céline et Laurent fut excellente. Laurent m’a trouvé un peu blanc. Je crois qu’il n’avait pas tort.

Dimanche, le grand jour. Je me lève après une bonne nuit de sommeil. Je suis le dernier prêt. Il faut dire que la check-list est longue : manger son gatosport, accrocher son dossard, mettre sa puce au pied, mettre des pansements anti-ampoules, de la pommade anti-inflammatoire, des pommades anti-échauffement. Je suis couvert de partout. Krusti me presse. J’embrasse Nathalie, pas certain de la revoir en étant en bon état.

8h05 Arc de Triomphe, nous retrouvons Laurent, Etienne et Anne-Kim. Je suis dans l’ambiance. Nous passons poser notre sac au vestiaire puis nous allons pisser collectivement. C’est un moment très agréable de voir autant de monde pour une course à pied. Avec Etienne et Laurent, nous nous rendons dans le sas « moins de 4 heures ». On s’approche des coureurs à ballons verts chargés de nous amener dans les temps.

Comme pour chaque course, le départ est un moment de soulagement et de bousculade. La descente des Champs-élysées nous permet de trouver le bon tempo. Pas trop rapide. Les 5 premiers kilomètres se font comme par enchantement. Place de la Concorde, rue de Rivoli, nous sommes portés par la foule de coureurs encore très dense. Je ressens très peu de douleur. Mes tendons et mes mollets sont toutefois un peu raides.

Je n’oublie pas le premier ravitaillement Place de la Bastille. C’est lors de la montée de la rue du Faubourg Saint-Antoine que je perds Etienne et Laurent. Laurent s’est arrêté lasser ses chaussures. J’ai perdu Etienne dans la foule. Je ne le reverrais qu’à l’arrivée. Au 10e kilomètre, je retrouve Laurent juste pour passer sous la bannière en un peu plus de 54mn. Nous nous reperdons immédiatement dans la cohue du 2e ravitaillement.

Du 10 au 20e kilomètre, je n’éprouve aucune difficulté particulière. Les kilomètres avalés lors de la préparation font leur effet. Il y a 6 mois, je n’étais pas certain de finir un 10kms.. Au Km11, nous passons devant le château de Vincennes. Durant tout le passage dans le bois de Vincennes je cherche à courir sur les allées au sol plus souple afin de soulager mes tendons. Au 15e je décide de fausser compagnie aux ballons verts. Je me dis qu’en cas de coup de pompes, ils me récupéreront. De plus, il est important de prendre un peu d’avance avant les ravitaillements afin de prendre son temps pour bien assimiler l’eau et le morceau de bananes. Au 20e kilomètre, je trouve un stand médical. Sans vraiment m’arrêter, je prends de la pommade que je me badigeonne le genou droit.

Alors que la mi course approche, je retrouve mon pote Laurent à mes cotés un peu par hasard. Nous échangeons nos impressions sur cette première partie de course. Nous nous trouvons étrangement en forme. Nous discutons tout en gardant notre souffle. Nous passons sous la banderole du semi en 1h55 très fiers de nous. Mais Laurent m’indique que la dernière fois, il avait commencé à souffrir au Km25. Nous croisons un coureur qui fait le marathon en poussant la poussette où se trouve son fils. J’envie son aisance.

Après le ravitaillement du Km25, je perds à nouveau (et définitivement) Laurent, parti pisser. Je sais que nous entrons dans la période la plus difficile. Je crains le Km30 tant la littérature et les témoignages sur le mur du 30e kilomètre sont abondants. Bizarrement, je ne me sens pas trop mal. Je passe sous le tunnel des Tuileries. C’est une sensation très forte. Plus de 500m dans un tunnel avec des centaines de coureur entrain de faire une Ola. Les abandons deviennent de plus en plus fréquents. J’ai le sentiment de doubler beaucoup de monde. Certains coureurs ont tendance à se surestimer.

Je passe le km30 sans trop de mal. Je suis à 2H44, en avance sur mon tableau de marche. Je sais que Nathalie et Bun’s m’attendent tout près de là. Pour la première fois, je me dis que je vais le finir ce marathon. A la surprise générale, je fais part de ce sentiment à mes voisins de course. J’en ai les larmes aux yeux. Je rencontre Nathalie et Bun’s au km31. Je suis euphorique. Je sais que Nathalie est contente pour moi.

Entraîné par cet élan, je suis bien jusqu’au km35. Je navigue entre ceux qui marchent et ceux qui courent très lentement sans ressort.

J’ai commencé à faire le décompte des kilomètres au 32e. C’est malheureusement trop long. A la porte d’Auteuil, juste avant le Bois de Boulogne j’ai un petit coup de barre dans la montée puis au ravitaillement du Km35. Je continue à m’asperger les jambes régulièrement. Je crains de plus en plus la crampe ou le claquage. Les acides lactiques ont fait leur effet depuis le 30e kilomètre. C’est une sensation nouvelle. Jamais, je n’avais eu si mal aux cuisses. Je prends conscience de la difficulté du marathon dans le bois de Boulogne. Le cœur fonctionne très bien. Mon cœur bat depuis le début à 162 pulsations par minute. Un vrai diesel. La mécanique des jambes fonctionne toute seule. Le carburant (eau, PowerGel et banane) vient alimenter la machine. C’est le mental le plus affecté. La prise de conscience de la douleur, de l’effort. Dès le km38, je sais que je vais finir. Je regarde de plus en plus mon chronomètre. Si je n’ai pas de pépin, je finirais en moins de 4h. Cela me donne des forces supplémentaires. J’accélère à nouveau puis je me calme à la vue d’un coureur effondré sur le bitume avec un claquage. Les 2 derniers kilomètres sont très grisants. Je suis pris entre 2 sentiments : l’envie d’en finir vite et l’envie de profiter de cela le plus longtemps possible. J’entends une personne me dire « C’est gagné plus que 500 mètres ». Un dernier virage et j’arrive avenue Foch. Le bonheur, il reste 200m. Je vois le panneau d’arrivée, je regarde la foule de chaque coté. J’avais imaginé ce moment lors de nombreux entraînements afin de me donner du courage. Je cherche du regard Nathalie mais je sais qu’elle doit être plus loin tant la foule est compacte. Je salue tout le monde comme si j’avais gagné, comme si tout le monde avait conscience de l’effort fourni et du stress accumulé. Je crie : « J’ai réussi, j’ai réussi ». Je veux que tout le monde en profite. Je vois les photographes puis je me précipite sur la ligne d’arrivée tel un sprinteur. J’arrête mon chrono : 3h54mn17.

Je rentre dans la partie reservée aux coureurs. Je me sens très bien. Je récupére ma médaille et je profite de ce moment avec délectation. Je fais quelques étirements en compagnie d’autrs coureurs. Une femme d’une cinquantaine d’année me dit qu’elle vient de finir son premier marathon en 3h54. Pareil. Nous échangeons sur ce moment délicieux. Je vais récupérer mon sac à la consigne lorsque je rencontre Etienne. Il a fini avant moi. Il ne semble pas trop marqué mais je vais vite m’apercevoir qu’il a un mal de chien à marcher. Il me propose de m’asseoir. Nous regretterons de l’avoir fait au moment de partir à la quète de nos femmes et amis.

La petite troupe mettra du temps à se rassembler. Tout le monde a fini. Chacun est heureux de l’avoir fait sans trop de dommage. Tant mieux. Nous nous congratulons et immortalisons l’instant par une photo. J’ai le sentiment d’avoir fait une course d’équipe. Nous avons gagné ensemble.

Nous profitons de la proximité (et de l’hospitalité des propriétaires) de l’appartement de Céline et Laurent pour aller nous doucher. Chacun marche comme il peut. Au restaurant, je lance l’idée de nous inscrire au marathon de Londres au printemps 2005. Tout le monde répond positivement. A cet instant, je sais qu’il y aura une suite à cette aventure.

Le compte-rendu de Laurent...

Après 14 semaines d’entraînement intensif le moment de vérité est enfin venu.
Dimanche 4 avril, Marathon de Paris. Le troisième pour moi, ayant déjà tenté l’expérience en 1999 (4h30) et 2000 (4h47).
Mais cette fois j’ai les 2K (Krusti et Kompay) et Etienne pour m’accompagner.
Vendredi soir, pasta party à la maison avec les 2K et leurs charmantes épouses (qui ont enduré déjà la préparation et qui pensent que le marathon effectué la tranquillité va enfin être présente) et Etienne en provenance de Poitiers. Sont bien sûr également présents Céline et son boys band (Albane, Baptiste et Lucile).

Les 2K appréhendent un peu l’évènement et nous interrogent beaucoup, Etienne et moi, sur nos précédentes expériences du marathon. Une fois les rendez-vous médicaux hebdomadaires de Krusti et Kompay analysés, la commission médicale donne son aval pour le départ du lendemain non sans avoir donné quelques recommandations en terme de nutrition. Le Krusti récolte en plus un magnifique sweat- shirt en coton de l’un de ses admirateurs qui le sponsorise pour l’occasion.
Au menu, salade de riz, le fameux gratin au prosciuto qui nous a déjà bien réussi pour le semi marathon et des pâtes.

Dimanche matin 8h. Etienne et moi retrouvons les 2K avenue de la Grande Armée. Mon Krusti est en pleine bourre. Direction les vestiaires pour se mettre en tenue et en route vers les sas de départ. Krusti nous laisse pour intégrer les dossards « roses » (cette couleur lui va si bien) pour un objectif en 4h30. Je l’embrasse chaleureusement tout en pensant à cette idée de fou qui nous a pris il y a quelques mois. J’ai confiance, je sens qu’il va le faire.
Etienne, Kompay et moi nous dirigeons vers le sas « vert » (objectif 4 heures). Et là c’est la foire d’empoigne pour entrer, deux sbires contrôlant les dossards à l’entrée (plan Vigipirate oblige). Nous finissons par entrer et tentons de nous approcher le plus possible des guides, qui avec leur ballon vert vont imprimer le train pour faire le marathon en 4 heures.

8h45, départ. Nous franchissons la ligne 10-15 mn plus tard. C’est parti. Le départ est facile avec la descente des Champs-Elysées jusqu’à la Concorde. Ensuite c’est très agréable avec la rue de Rivoli et beaucoup de supporters. Nous tenons bien le rythme des guides et restons tous les trois ensemble jusqu’à Bastille. Je m’arrête quelques secondes vers le 10e kilomètre pour refaire mon lacet et perds mes deux accolytes. A Nation, je vois mon bon ami Olivier, qui m’encourage, cela me fait un bien fou !!! La passage dans le Bois de Vincennes se passe bien, les kilomètres défilent et on s’approche gentiment du semi. Je regarde mon pense-bête, je tiens le plan de marche que je m’étais fixé. Juste avant le semi je retrouve mon Kompay. Nous sommes à présent devant les guides et nous nous sentons bien, pas de douleurs particulières. Le semi est passé en 1h55. Au 25e, pause pipi et je reperds Kompay. Je ne le reverrai qu’à l’arrivée. Le tunnel des Tuileries est toujours aussi long et difficile, mais la hola de tous les coureurs permet de le faire passer plus rapidement. L’enchaînement des tunnels est un peu coupe-jambe mais j’ai clairement l’impression que les autres autour de moi souffrent plus. Le fatidique 30e kilomètre approche et toujours aucun voyant dans le rouge.

Juste avant le 30e je croise Buns et Nathalie qui m’encouragent. Cela donne un sacré coup de fouet !!!. Ravitaillement des 30km, prendre le temps de boire et d’absorber le power gel, et c’est reparti. Remontée vers Roland Garros, les jambes commencent à devenir lourdes et certains commencent à piocher sévèrement et d’autres s’arrêtent à cause des crampes. Je peine mais il faut que je tienne jusqu’au ravito des 35. Arrivée au 35e kil, je suis pas au mieux, les douleurs aux deux hanches commencent à devenir fortes mais je suis toujours dans mon plan de marche. J’entends soudain derrière moi un « Comment çà va derrière ? ». Ce sont les guides avec les ballons verts !!! Ils m’ont rattrappé !!!! Je prends un gros coup au moral car ils vont beaucoup plus vite que moi. Je m’accroche, mon cardio affiche 175, je suis jamais allé aussi loin !!! je tiens deux kilomètres et demi ainsi avant de lâcher prise. Soit je maintiens la cadence et j’explose complètement soit je ralentis et je gère jusqu’à la fin. Le bois de Boulogne, que je connais bien pour m’y entraîner régulièrement, ne m’a jamais paru aussi long. Ma parole, ils ont rajouté des routes ou quoi !!! Enfin le lac, l’issue est proche, je vois que je ne perds plus de terrain sur les ballons verts (ils ont dû réduire l’allure) qui sont 200 mètres devant... une éternité. 41e kilomètre, c’est la quille !!! J’en peux plus, j’ai la tête rentrée dans les épaules, j’ai envie de pleurer. Je pense à Howard qui doit me regarder la haut... c’est aussi un peu pour lui que je le fais ce p... de marathon. J’entends le brouhaha de la Place Dauphine, la fin est proche. Et la, surprise, Céline, Albane, Baptiste et Lucile sont là pour m’encourager avant d’attaquer la dernière ligne droite avenue Foch. Ca y est je pleure, l’arrivée est à 200 mètres, je les parcours à l’énergie, tous les voyants sont au rouge !!!!

Résultat 3 heures 57 minutes et 36 secondes. Objectif rempli, je suis hyper heureux. Je marche comme Robocop. Je retouve quelques instants plus tard Buns et Nathalie. Arrivent le Kompay (3h54) et Etienne (qui nous annonce 3h51 alors qu’il a fait 3h49). Enfin mon Krusti boucle l’affaire en 4h40 !!! HEU-REUX. Nous l’avons fait !!!!!!

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